Auteur : DI Bolly Knickers

Genre : K

Résumé : Songfic sur la relation entre Alex et Gene. Inspirée par la chanson Chinese de Lilly Allen.

Disclaimer : Malheureusement, Genie Génie ne m'appartient pas, ni aucun personnages de Ashes to Ashes.

Note : Cette fiction est disponible ici en anglais.

CHINESE


Il n'était que onze heures et pourtant la journée avait commencé depuis longtemps déjà, par la voix brusque de Gene au téléphone lui ordonnant de "ramener immédiatement sa culotte au commissariat". Un nouveau cadavre avait été retrouvé sur les Docks le matin, encore une femme d'affaire tuée d'une balle dans la tête et le tailleur déchiré au couteau. C'était la troisième que l'on retrouvait là en dix jours, et il n'en avait pas fallu plus à Drake pour partir dans un nouveau délire de charabia psychologique.

- C'est un serial killer, il procède toujours de la même façon. Il faut trouver son MO et l'étudier, affirma Drake en tapant de l'index sur son bureau pour souligner son propos.
- Méga Otite ? se demanda Chris à voix basse.
- Mode opératoire. Son mode opératoire, sa signature, répondit l'inspecteur.
- Une signature ? Quelle signature !? Il ne laisse pas de putain de carte de visite ! intervint Gene.
- Si, Gene. Il a une méthode qu'il doit suivre, tout sur la scène de crime est significatif. Ces femmes n'avaient rien à faire sur les Docks le soir.
- En effet, elles n'avaient rien à faire sur les Docks le soir. Leur tête de coinsos friquée a attiré l'attention et c'est exactement pour ça qu'elles se sont faites tuer.
- Non, je veux dire qu'elles n'y vont probablement même jamais. Ces femmes sont des femmes d'affaire à succès, elles ont de l'argent, donc elles se déplacent en voiture ou en taxi. Or aucune voiture abandonnée n'a été retrouvée sur les scènes de crime, on les a amené ici. Pourquoi ici ? Pourquoi spécifiquement ici ? C'est destiné à appeler l'attention. C'est un signe que l'assassin nous envoie.
- Oh un signe, fantastique ! C'est con, je ne me souviens pas d'où j'ai garé ma Batmobile !

Ray jeta un regard à son partenaire en soupirant. Encore une bataille de pouvoir qui s'engageait. Ces deux là étaient vraiment aussi têtus et fiers l'un que l'autre. On n'en sortirait jamais, c'était désespérant. Si seulement le Guv se décidait à se la faire, elle se tiendrait tranquille et chacun pourrait retourner à son travail.

- Il attaque des femmes de pouvoir et les laisse ensuite sur un lieu de prostitution. Il veut les salir, les rabaisser. Ce doit être un homme qui se considère sous-employé vis-à-vis de ses capacités, peut être même qui vient de perdre son emploi au profit d'une femme. En déchirant leurs vêtements il se venge de l'injustice qui lui est faite.
- Vous déduisez tout ça en voyant quelques coups de couteau ? Combien d'aspirines vous bouffez au p'tit déj' ?
- Du profiling, c'est du profiling.
- Ouais, des conneries de nana. Pas étonnant qu'il y ait deux pages complètes de petites annonces dans le Sun, maintenant, conclut Gene en retournant vers son bureau.

Alex poussa un soupir. Pourquoi tout devait-il toujours être si compliqué ici ? Pourquoi devait-elle justifier chacune de ses paroles parce qu'elle était une femme ? En 2008, au moins, on la prenait au sérieux. 2008... La maison. Son époque, celle de sa fille. Nous étions maintenant en 1982, et Alex était coincée dans les années 80 depuis presque un an.

"Je vais revenir, Molly..."

I see you from the sky

And I wonder how long it will take me to get home


Plus le temps passait et plus elle avait de mal à se souvenir de son époque. Certaines choses lui échappaient. La veille, elle avait tenté dans son auto-analyse enregistrée de se souvenir du goût des cafés Starbucks qu'elle adorait. Elle avait peur d'être en train de mourir. Et elle avait peur aussi des sentiments qu'elle développait à l'égard de ses collègues. Elle ne devait pas s'attacher, elle ne devait penser qu'à rentrer. De toute façon ce monde n'était pas réel, n'est-pas ?

Sa séparation d'avec sa fille lui avait fait réaliser que la joie de vivre une vie avec quelqu'un venait des détails insignifiants : partager un petit déjeuner, parler de la pluie et du beau temps, regarder un film... Elle avait toujours été si absorbée par son travail que cela lui avait échappé. Elle n'était pas si différente de sa propre mère, finalement...

I wait for an hour or so at the carousel


A titre de consolation, elle se raccrochait désespérément à l'idée que tout ce qu'elle vivait dans ce monde ne représentait qu'une seconde dans le sien, et que d'ici peu de temps elle serait retrouvée. Une fois qu'elle aurait accompli sa mission ici elle se réveillerait dans une grande lumière blanche, comme Sam. Et Molly serait là.

Tout ce qu'elle avait cru être les déclencheurs psychologiques de son éventuel retour s'étaient avérés être faux. L'arrestation d'Arthur Layon n'avait rien donné, et ses parents étaient morts sous ses yeux. Encore une fois. La différence étant que cette fois elle savait en plus que cette mort n'avait aucun sens. Il n'y avait pas d'assassin, juste la folie destructrice d'un homme désespéré.

Sa vie tournait en rond dans les mensonges et les non-dits...

I have a cigarette to pass the time

Cause the traffic's hell


Pourtant il y avait eu une grande différence : Gene Hunt. Comment avait-il pu se trouver là pour lui prendre la main et soulager sa peine lorsqu'elle en avait eu besoin ? C'était un comble : elle pensait que son père était un héros puis il s'était avéré être un assassin, et elle voyait son tuteur comme l'homme parfait et finalement il avait été l'amant de sa mère, et en un sens la raison de sa mort. Par contre elle voyait Gene Hunt comme un homme égocentrique, machiste, colérique, violent, intolérant, privé de toute bonnes manières, fumeur et buveur excessif et un véritable danger public au volant, et pourtant il était son ange gardien.

Il lui avait sauvé la vie à de nombreuses reprises, elle devait garder confiance. Il était sa ligne de vie, son unique constante dans cette quatrième dimension dans laquelle elle était tombée. Il lui avait dit un jour qu'elle ne partirait pas tant qu'il ne l'aurait pas décidé, donc un jour...

"Si vous êtes maligne, vous apprendrez à rester auprès du Guv. C'est là qu'il faut être."

"Je vais revenir, Molly."

I don't want anything more

Than to see your face when you open the door


Alex se dirigea vers le bureau, entra et claqua la porte derrière elle, tandis que Ray la sifflait. En attendant de savoir quelle était sa mission ici, elle devait faire les choses de son mieux. Elle allait devoir lutter contre son environnement préhistorique de policiers misogynes, et elle était prête. Ils ne perdaient rien pour attendre.

- Pourquoi est-ce que vous n'accordez pas un minimum de crédit à ce que je vous dis ?
- Parce que je ne crois pas une seconde à votre délire psychiatrique.
- Psychologique !
- Pareil !
- Au moins c'est une piste.
- Non, ce qui est une piste, Bolls, c'est que ces trois femmes faisaient appel à la même société d'aide ménagère pour leur appartement. Prenez votre manteau, on va poser quelques questions au gérant de Shining.
- Quoi ? Mais alors, vous...

Alex resta interdite un instant. Gene la surprenait toujours : malgré son ton bourru et ses remarques sexistes, il avait écouté sa théorie et l'avait prise en compte. Il aurait certainement préféré mourir étouffé en avalant sa propre langue plutôt que de l'admettre, mais il faisait confiance à ses équipiers.

Assis à son bureau, il la regarda d'un air malicieux, une ombre de sourire planant sur son visage. L'espace d'un instant, Alex entrevit l'autre Gene. Le petit garçon espiègle qui s'amusait à jouer des tours à ses camarades. L'homme derrière l'officier. Il y avait de la connivence entre eux, dans ce jeu de pouvoir et de flirt outrageant qu'ils menaient, bien qu'aucun ne l'aurait admis. Elle sourit en croisant les bras.

- Vous êtes vraiment...
- Je suis quoi, Bolls ? la coupa-t-il en s'accoudant sur son bureau.

Il garda ses yeux fermement rivés aux siens quelques secondes supplémentaires. Un intense bleu clair plongé dans un vert profond. Non, ils ne l'admettraient pas, ils étaient tous les deux trop fiers. Gene et Alex en chapeau melon et bottes de cuir, combattant le crime main dans la main et concluant par un "bien joué, chéri" ? Même pas en rêve. Alex songea un instant que Molly se serait bien moquée de ce jeu de séduction digne d'une cour de lycée. Et pourtant...

"Est-ce que c'est mal, ce que je fais, Molly ?"

You'll make me beans on toast and a nice cup of tea


Alex n'était pas dupe : tout cela n'était qu'un jeu. Jouer le roi de la jungle était sa façon à lui de gagner et conserver le respect de son équipe. Surtout vis à vis d'elle d'ailleurs. Il restait attaché à sa vieille école, et une partie de son machisme n'était pas feint du tout.

La forme et les manières n'y étaient pas mais ils veillaient les uns sur les autres. Les liens qu'elle avait noués avec son équipe ici avait beaucoup plus de saveur que les relations superficielles et insipides qu'elle avait avec ses collègues en 2008.

Gene repris son habituelle expression sévère pour aller ouvrir la porte de son bureau d'un geste théâtral, puis se retourna sur le pas de la porte.

- Vous venez ou faut que je vous envoie un carton d'invitation ?

Elle enfila sa veste et suivi Gene avec un petit rire étouffé. Vivre au milieu des dinosaures était décidément très amusant.

"Je vais revenir, Molly. Simplement... Donne-moi un peu de temps, d'accord ?"

And we'll get a Chinese and watch TV



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